Jusqu'alors, les habitants de cette région étaient bien sûr conscients qu'ils descendaient tous d'un seul et unique peuple, le peuple agami, dont la plus grande partie avait abordé sur ces rives après avoir été chassée de ses terres ancestrales en Dévaris. Mais cela faisait longtemps que ce sentiment de fraternité avait dégénéré au profit de diverses luttes et rivalités autour des trois principaux centres de pouvoir : les cités de Maryka, Nandéryka et Liyeinan.
(La cité de Zolheil, qui était considérée comme le quatrième centre, et pas le moindre, à l'époque des guerres de l'Astramène, avait renoncé à se mêler de politique sud-mintralle vers la IIè Décistia ; ses intérêts se trouvaient surtout sur la côte est, peu connue des trois autres cités, et au-delà dans les îles de l'Océan Harid l ; et ses habitants étaient tellement métissés qu'ils ne se considéraient plus du tout comme des Agamis, sauf quand ça leur apportait quelque chose.)
C'est à Nandéryka, capitale de la république du même nom, que naquit le panagamisme, théorie exaltant la grandeur du peuple agami et son histoire millénaire, et prônant ni plus ni moins que la recréation de l'ancien Empire. Cette recréation commença par se faire dans les esprits ; à partir de 22.V, divers traités et accords de partenariat lièrent entre elles les Républiques de Nandéryka et de Saldaryne, avant de s'étendre au voisinage. En 30.V, les deux Etats formaient l'axe d'une sorte d'Union agamie sud-mintralle, à la fois diplomatique et commerciale, et les trois cités de Nandéryka, Maryka et Liyeinan étaient devenues des centres de rassemblement des intellectuels, des diplomates et des politiques de toute la région, qui s'y réunissaient régulièrement pour discuter de l'avenir.
Ce furent ces réunions qui donnèrent naissance, probablement à Nandéryka, au projet le plus fou et le plus ambitieux issu du panagamisme : la reconquête des anciennes terres de l'Empire Agami, autour de la mer d'Agam en Dévaris. En 30.V, cela faisait longtemps que l'Empire de Nil-Armon avait disparu et que l'Empire de Scrada tombait en morceaux ; les terres en question n'étaient plus occupées que par des micro-états, des peuples nomades, et surtout une bonne quantité de désert et de jungle qui avaient envahi le pays. Il n'y avait donc pas vraiment de concurrence. Mais cela ne signifie pas que l'entreprise était facile.
La première expédition de colonisation, financée en commun par tous les Etats de la fédération panagamie, fut montée en 35.V et se solda par un succès inespéré : tous les navires réussirent à traverser l'Océan pour atteindre le continent de Dévaris, et un avant-poste solide fut établi aux frontières de l'ancien Empire, dans le pays que les rares autochtones d'alors appelaient Blusm.
(Lesdits autochtones se firent bien quelque peu prier pour quitter le territoire, mais les colons étant mieux armés, mieux organisés et plus décidés, ils virent assez rapidement où était leur intérêt.)
Par la suite, d'autres expéditions furent lancées, soit à partir de Nandéryka qui était le port le plus important de la fédération, soit directement à partir de Blusm quand la colonie commença à prendre de l'importance. D'autres cités furent fondées, de plus en plus loin de Blusm ; mais les choses se compliquèrent quand il fallut s'aventurer au nord de la mer d'Agam, où le pays n'est qu'un vaste désert de roche, et surtout dans le sud de l'Ex-Empire, dont les ruines y était recouvertes par une jungle coriace, impénétrable et remportant haut la main le concours du pire climat de la planète. Il y eut des pertes importantes, et il fallut renoncer plusieurs fois. Mais à la fin des années 50.V, la civilisation agamie était bien implantée sur un territoire qui, s'il ne coïncidait pas tout à fait avec l'ancien Empire, en occupait du moins une bonne partie ; il y avait à Blusm un Etat solidement constitué, autosubsistant et prêt à résister à toutes les tentatives que ne manqueraient pas de faire les autochtones pour le déloger.
Cependant, en métropole, le regard des théoriciens panagamis commençait à se tourner ailleurs. Lors de l'exode des Agamis, tous n'avaient pas abordé en Mintrallina Sud ; une petite partie, à la suite de dissensions politiques, s'était installée dans les Iles Famur où elle maintenait depuis lors une farouche indépendance à l'égard du monde extérieur. Les Famurs étaient obstinés, et politiquement et socialement ultraconservateurs ; ils représentaient l'archétype même de l'Agami antique, loin des dégénérescences inévitables qu'avaient subies les Etats sud-mintrals. Pour les panagamistes, il était inconcevable que les Iles Famur ne fissent pas partie de la Fédération.
Des ambassadeurs furent envoyés pour négocier ; les Famurs les réexpédièrent sans ménagement, laissant entendre clairement qu'ils refuseraient toute ingérence étrangère , qu'ils étaient, eux les Famurs, les seuls véritables Agamis encore de ce monde et qu'ils n'allaient pas se laisser envahir par les bâtards dégénérés du continent voisin. Le continent voisin le prit très mal, se renforça dans sa résolution et finit par lancer, en 53.V, une expédition militaire contre les îles Famur. Ca leur apprendrait.
Seulement, si les Famurs étaient politiquement d'un conservatisme hypertrophié, technologiquement en revanche, ils étaient d'une inventivité jamais vue nulle part ailleurs sur la planète et il se trouve qu'au moment où la coalition sud-mintralle les attaqua avec ses lanciers, ses archers et ses arbalétriers, ils venaient de maîtriser l'usage des armes à feu. L'entreprise de conquête des îles Famur se solda donc par une défaite retentissante qui sonna, peu ou prou, le glas du panagamisme en Mintrallina Sud.
Restait la colonie de Blusm, qui, comme on l'a vu, était rapidement devenue assez forte pour subsister d'elle-même sans l'aide de la métropole. Le fait qu'il faille près de six mois pour aller de l'une à l'autre y aidait sans doute beaucoup. Et si Blusm ne déclara son indépendance que près d'un siècle plus tard, en 33.VI, dans les faits cela faisait longtemps que les Blusmites et les Sud-Mintrals n'avaient plus grand-chose à voir les uns avec les autres.
La défaite contre les Famurs laissa le gouvernement de Nandéryka, qui, en tant que seule vraie puissance maritime et plus proche voisin de l'archipel, avait fourni le plus gros de l'effort militaire, sur les genoux. Voyant leur plus puissant allié à terre et peu soucieux de subir les éventuelles représailles famures (qui ne vinrent jamais, les Famurs ayant décidé qu'ils avaient autre chose à faire, merci), les autres Etats s'en détachèrent peu à peu ; et les rivalités internes reprirent le dessus.
La seule trace encore subsistante de l'aventure panagamiste aujourd'hui est la présence, sur les bords de la mer d'Agam, de la République de Blusm, qui, depuis plus de mille ans qu'elle existe, a toujours tenu à garder son fonds de culture sud-mintralle et n'a jamais renoncé à mener des manoeuvres subreptices de conquête du voisinage, auquel elle ne pardonne pas d'occuper des terres qui devraient lui appartenir de droit. Le voisinage en question soupire et hausse les épaules, et c'est à peu près tout.

- 15 : les Elmars, qui, bien cachés derrière les monts de la Frontière, se sont constitué un réseau d’espionnage à l’échelle mondiale et se rappellent la mission confiée à leur ancêtre Albaren Ley ( reconstituer l’Astramène ), sont enchantés d’apprendre que son champ protecteur a disparu. Mais le prince Engwarmen, fils aîné du roi Ermaren Ley, désire s’emparer de l’Astramène à des fins personnelles ( devenir le maître du monde, rien de moins ).
- 3 : Pour frapper un grand coup dans la course à la colonisation, l’empereur Balya VI de Nil-Armon vide les Contrées Mariennes de leurs habitants et les envoie en quête de nouveaux territoires.
- 2 : Engwarmen vole l’Astramène ; sa sœur Lanuri-Lella, devenue reine d’Elmarie, se lance à la recherche des amulettes. C’est le début des guerres de l’Astramène, auxquelles se trouvent mêlés, bien par hasard, certains des Mariens envoyés en exploration par leur Empereur.
- 2 : Les chasseurs d’amulettes de Lanuri-Lella atteignent le désert de Jamin et intriguent pour s’emparer de Yui. Au cours de leurs manœuvres, le jeune Vendo devient roi de l’oasis et, conscient qu’elle s’assèche, décide d’emmener tout son peuple à la recherche de nouvelles terres sur le continent nord-mintral.
-1 : Toujours au cours des guerres de l’Astramène, des Elmars entrent pour la première fois en contact avec les habitants de l’île de la Lune, leurs lointains parents, dont ils avaient oublié l’existence. Lanuri-Lella commence à échafauder le système des Régulateurs.
1.I : Explosion d’Alima. Toute la face de Limmaraía en est changée : à présent, la magie réside partout, pas seulement en Elmarie. Limmaraía devient une planète de magie et de merveilles. Mais l’Astramène, ne contenant plus qu’Olmo, est devenue un objet hautement maléfique. Pour protéger la planète, Lanuri-Lella la confie à la terre de Carami, dont les Mariens deviennent les premiers habitants humains. On les appellera désormais les Caramènes. Fondation du port de Liméa, la « terre d’avenir ».
14.I : Vendo et le peuple de l’oasis atteignent la Cardamie et, au bord du lac que les autochtones appellent « Sum » ( c’est-à-dire « lac » ), fondent la cité de Sumada, puis le royaume de Sumadie. Ils établissent des contacts avec les royaumes cardames ( ex-khardoms ) de Médilore et de Manidie, et fondent l’Alliance de la Plaine. C’est le début d’une civilisation brillante, quoique sans grande importance sur le plan mondial. Tout au long de son histoire, les principaux ennemis de l’Alliance seront les habitants de Wostania, de l’autre côté de la mer de Manidie ( les « barbares », selon la dénomination sumadienne ).
33.I : Lanuri-Lella crée les Régulateurs et les confie aux magiciens de l’Ile de la Lune ; la Régulation devient part vitale de la vie limmaraíenne. Abdication de Lanuri-Lella qui cède le trône à son fils Adannam Ley.
52.I : Les indépendantistes wardes réussissent enfin à faire valoir leur point de vue. Fondation du royaume de Wardii et début de la fin pour les deux Empires, qui commencent à se démanteler petit à petit.
50.I à 110.II : à la suite de la découverte du sous-continent de Décimazya, divers peuples de Dévaris ou de Malganie entreprennent de venir le peupler, et se constituent en petites tribus indépendantes.
3.III : fin de l’Empire de Nil-Armon.
32.III : l’Empire de Scrada, ou ce qu’il en reste, se rebaptise « Union Scrada » et n’est guère plus qu’une fédération d’États indépendants. Dévaris redevient un patchwork de civilisations différentes et indépendantes.
95.IV : Fondation du royaume de Mazya-Caramina.- 1150 : En Dévaris, sur les rives de la mer d’Agam, se constitue la première grande société cultivée : l’Empire Agami. Les Agamis sont sans doute les premiers hommes terrestres à utiliser une écriture, inspirée de celle des Aevines. Les premiers, ils construisent de grandes routes et des bibliothèques, et se mettent à parler littérature, mathématiques et philosophie.
- 800 : les Ondins commencent à instituer une autorité centralisée et élisent le premier Roi des Océans.
- 750 : l’Empire Agami prospère et étend son territoire. Les Contrées Mariennes, habitées depuis des éternités par un petit peuple rural et tranquille, passent sous contrôle agami et adoptent la langue et certaines des coutumes de l’envahisseur.
- 670 : Des explorateurs agamis sont lancés à l’assaut des mers, et l’un d’entre eux, Phaïm, découvre l’existence des îles Famur, alors inhabitées. L’Empire commence à y envoyer des missions d’exploration.
- 610 : Le roi Arak des Scrades du Nord, petit peuple chasseur d’ours, s’autoproclame Empereur de Scrada et entreprend d’unifier le peuple scrade.
- 590 : Enthousiasmé par son succès, Arak s’attaque à l’unification de tous les peuples du nord de Dévaris.
- 536 : ( Première date précise car an I du calendrier armonite. ) Une tribu du sud de Dévaris fonde la cité d’Armon et l’Empire qui va avec.
- 512 : tandis que Scrada continue son expansion au nord, le deuxième Empereur de Nil-Armon entreprend d’englober tout le sud de Dévaris dans son Empire.
- 499 : les deux expansionnistes commencent à marcher sur les plates-bandes de l’Empire Agami ; les Contrées Mariennes passent sous contrôle armonite et tout le nord agami sous domination scrade.
- 495 : les deux armées armonite et scrade sont aux portes de l’Empire Agami et menacent d’y faire des ravages. Ne pouvant pas lutter militairement, l’Impératrice agamie décrète l’exode général vers les îles Famur, à présent bien connues. Les Agamis construisent d’immenses navires et quittent Dévaris en masse, laissant le Vieux Continent aux mains des deux expansionnistes. Au cours de l’Exode agami, des dissensions se prodiosent ; et finalement, l’ex-Empire se scinde en deux. Toute une partie, celle fidèle à l’Empire, s’arrête dans les îles Famur pour y fonder un Royaume ; les révolutionnaires continuent leur chemin, atteignent Mintrallina Sud et y fondent la république. C’est le début d’une colonisation massive du continent sud-mintral par les Agamis.
- 491 : Tout le Vieux Continent est sous contrôle armonite ou scrade. Commence entre les deux immenses Empires une guerre impitoyable pour la possession de leurs territoires respectifs, ainsi qu’une incroyable course à la colonisation sur les îles et les autres continents.
- 470 : Nil-Armon envahit la Fluorie septentrionale et y fonde le comptoir de Malgana.
Vers - 450 : dans le Désert de Jamin, en Mintrallina Nord, le roi d’une petite oasis tue le serpent des sables qui menaçait son peuple. Il découvre dans son estomac l’amulette Yui, dont il fait l’insigne suprême du pouvoir dans l’oasis.
- 372 : un Elmar découvre par hasard l’existence d’une Route permettant de se rendre en quelques heures d’un bout à l’autre de la planète. Il vient en fait de redécouvrir le Pays du Mi-Chemin, mais il l’ignore, et pendant des siècles cette Route ne sera utilisée par les Elmars que pour se déplacer rapidement d’un point à l’autre de la planète.
- 334 : signature du traité de paix entre Nil-Armon et Scrada, et établissement officiel de la frontière coupant Dévaris en deux. Elle passe au beau milieu de Wardii, ce qui n’est pas du goût de tout le monde ( et surtout pas des Wardes ). Quant à la course aux colonies, elle continue plus âprement que jamais.
- 257 : un pêcheur marien, Sépho, découvre l’amulette Teu dans ses filets. Envoûté mais patriote, il court à Armon pour offrir cette pierre exceptionnelle à son Empereur. L’amulette devient un des joyaux de la Couronne armonite et Sépho un membre honoraire de la noblesse ( c’est un de ses descendants qui s’illustrera à l’époque des guerres de l’Astramène ).
Vers - 200 : Parmi la myriade de peuples différents soumis par Nil-Armon et Scrada, certains commencent à faire preuve de velléités d’indépendance. On entend pour la première fois parler des indépendantistes wardes et de leurs attentats.
- 182 : Première de toutes les colonies revendicatrices, Malgana accède à l’indépendance, se met à coloniser toute la côte de Fluorie septentrionale et profite de sa situation géographique pour devenir le centre du commerce mondial.
- 172 : dans les îles Famur, un ingénieur agami invente la première arbalète.
- 153 : toujours dans les îles Famur, un illuminé l’essaie sur le roi. Celui-ci n’ayant pas d’héritier, les Ministres saisissent l’occasion pour prendre le pouvoir, tout en laissant croire au peuple que les îles Famur sont toujours une monarchie.
Vers -150 : Les Khardom, un peuple vivant dans les monts de Wostania en Mintrallina Nord, traversent la Mer appelée aujourd’hui mer de Manidie, pour s’installer dans la grande plaine quasi-déserte située de l’autre côté, et que l’on appelle depuis la Cardamie. Les Mengaliens, qui y vivaient déjà paisiblement, se laissent annexer sans rien dire.









